De l’esprit de sacrifice chez les Journalistes...
... et de l’arrosoir de jardin

Andy Mountain portrait

Le 24/11/2006

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Attention : Malgré toute l’estime que je porte à la jeunesse de ce pays et ma propre pudeur, résultat d’une éducation centrée sur la lecture de Pif Gadget, une image d’une insoutenable cruauté illustre cette chronique. Eloignez les enfants.

La vie est parfois cruelle. Si je devais être franc - ce qui n’est que rarement le cas, je vous rassure -, je devrais dire qu’elle l’est souvent. Mais l’histoire que je vais aujourd’hui vous narrer, parce que vous me faites narrer, l’est à un degré qui dépasse l’entendement. Cette histoire a changé la vie d’un homme simple, celle d’un honnête journaliste qui n’a jamais rêvé au Pulitzer de sa vie, qui n’aspirait qu’à traverser les turpitudes du métier de journaliste en faisant profil bas jusqu’au jour où sa femme demanderait le divorce. En faisant preuve d’une abnégation et d’un sérieux qui l’ont amené de la rubrique des chiens écrasés du Austin Chronicle à celle des enfants congelés du Bristol Herald Courier, Bob s’est vu proposé une offre de celle qui ne se refuse pas, le couronnement de toute une carrière : un poste de chroniqueur sur la chaîne de Rupert Murdoch, Fox News Channel.

Alors là, ne comptez pas sur moi pour dire du mal de cette vénérable chaîne de télévision. En dix années à peine, Fox News s’est taillé une réputation de partialité et de manipulation de l’information taille patron. Du genre à faire dire à 33% des gens qui regardent cette chaîne, sondage à l’appui, que les Américains ont de facto trouvé des armes de destruction masive en Irak, sans rire. Cependant, je ne suis pas du genre à hurler avec les loups. Pas de ça, Lisette !

Mais en ce lundi 30 octobre 2006, dans les bureaux de Fox News, l’ambiance est au brainstorming. Le 27 du même mois, en pleine campagne électorale, le vice-président Cheney, répondant à une question posée sur l’usage de la torture dite du waterboarding, a déclaré qu’il n’y voyait aucun inconvénient. A ce stade, il me faut malheureusement entrer dans des détails techniques. Wikipédia nous apprend que le waterboarding "consiste à ligoter la victime sur une planche inclinée, de façon à ce que la tête soit plus basse que les pieds. On recouvre alors la tête de la victime d’un tissu, et de l’eau est versée dessus. La respiration devient alors très difficile, et la victime est mise dans l’angoisse d’une mort prochaine par asphyxie". Parmi les testeurs de la méthode, nous retrouvons les Français en Algérie, les Khmers rouges au Cambodge, bref, du beau monde. L’élite de la torture, telle qu’elle est interdite par la Convention de Genève. A ma connaissance, la seule personne à avoir résisté plus de trente secondes à ce traitement est Paris Hilton. D’abord parce que lui faire rentrer de l’eau dans la tête ne fait que remplacer celle qui y stagne. Et ensuite parce que pour en arriver là, elle a appris à respirer efficacement par le nez.

Et chez Fox News, Cheney, on l’aime bien. Et on n’a pas envie de le laisser dans l’embarras, à quelques semaines d’une échéance aussi importante qu’une élection de mi-mandat. D’ailleurs Murdoch et Cheney sont compagnons de chasse. La dernière fois, au Texas, Murdoch a descendu cinq faisans... et Cheney, son chef de cabinet. Dans l’esprit duquel de ces messieurs a germé l’idée saugrenue qui allait transformer à jamais la vie de Bob ? Hélas, mille fois hélas, c’est un secret que je n’ai pu percer à jour. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avant que le projet ne prenne corps, ils ont dû se taper sur les cuisses, ce jour-là, dans la salle de réunion du quinzième étage. D’abord à concevoir la chose, et surtout, ensuite, à trouver le pigeon idéal pour mener le projet à bien.

Et c’est malheureusement là que Bob arrive devant la machine à café. trente cents plus tard, il tourne sa touillette en plastique et, tout occupé qu’il est à mater la secrétaire de direction qui est penchée sur le photocopieur, ne voit pas venir Randy, le dandy du treizième. Le choc qui s’ensuit est d’une sauvagerie inouïe. Le café opère une translation de vecteur gobelet-chemise-pantalon et Bob se retrouve trempé alors que Randy et la secrétaire lui jettent un regard noir de condescendance difficilement contenue.

Par la porte vitrée de la salle où le think tank du quinzième tient sa réunion pour venir à la rescousse du vice-président, l’onde de choc s’est faite sentir également. Tout le monde a tourné la tête et observé la déchéance de Bob, avec le regard de l’entomologiste aussi glacé que leurs ambitions respectives. Et une pensée unique occupe leur esprit à cet instant, s’imposant avec la netteté d’un pain pré-tranché : ils le tiennent, leur pigeon.

Bob lui-même ne saurait décrire la suite des évènements avec précision. La seconde d’avant, un bras autour de l’épaule, Mickey, son chef de rédaction, lui démontrait plus de respect qu’en trois années de collaboration. Il n’entendit que les mots "grand reporter", "scoop" et "Vous verrez, vous ne sentirez rien". Et la seconde d’après, il était dans les vestiaires de la piscine Thomas Jefferson, au coin de la première avenue et de la 112ème. Dans la même pièce, trois policiers du NYPD habillés comme dans les films de braquages de banques, enfilaient une cagoule noire comme la mort. Bob, lui, était vêtu de ce que l’on n’inflige qu’à la lie de l’humanité, les prisonniers de Guantanamo ou les agents de la DDE : une combinaison orange fluo. La gravité de la situation le frappa avec le poids d’un radiateur en fonte. Il comprenait maintenant ce que les décideurs avaient imaginé pour relativiser les propos outranciers de Dick-la-gâchette : la mise en situation.

Nier l’indéniable. Subir un mini dégât des eaux et aller parader sur un plateau de télévision pour rassurer l’électeur inquiet : Non, madame, le waterboarding n’est pas plus dangereux qu’une balade en forêt. Aucun terroriste hystérique n’est jamais mort d’avoir bu la tasse. Vous pourriez presque le faire chez vous, madame, en famille, pour faire remonter la moyenne en classe de votre petit Toby. Voilà ce que l’on attendait de lui. Il fut arraché de ses pensées et du sol par deux des trois policiers. Le dernier larron était occupé à remplir au robinet un arrosoir rougeâtre.

Il existe des tas d’arrosoirs. Certains en plastique, d’autres en fer blanc. Souvent verts, parfois bleus, ils s’accomodent avec les couleurs printanières que prend le jardin en avril - c’est-à-dire un poil trop tard pour planter ses coeurs de pigeon. Cet arrosoir-ci, en revanche, était confondant de banalité paysagère. En plastique bon marché, d’un rouge-brun caca. On pouvait au mieux l’imaginer entre les mains frippées d’une grand-mère amatrice d’orchidées, à l’abri dans une serre. Bob imaginait que l’étiquette était sans doute encore collée en-dessous : 2 dollars 75 chez Wal-Mart.

Il se débattait entre deux jets d’eau. Un des policiers, sans doute père, faisait des « Shhhht » comme on fait aux enfants pour les calmer. Un autre, deux yeux marrons surmontant un sourire de murène, poussait des gloussements à intervalles réguliers. Bien que conscient qu’il s’agissait d’une simulation, une trouille indicible serrait le ventre de Bob. Il avait hâte que tout cela prenne fin, que le caméraman tape sur l’épaule des encagoulés pour leur signifier qu’il avait assez de rush pour monter le reportage de trente secondes.

Ce soir-là, Bob rentra tard chez lui. Sur le bar, une lettre du cabinet d’avocat Jeffrey B. Peltz and Associates . Sa femme demandait le divorce, la garde de Toby et une pension alimentaire mensuelle représentant cinq ans de salaire d’un travailleur ougandais. Il se sentait fatigué. Son regard se posa sur une photo dans un cadre en stuc. Carl Bernstein et Bob Woodward, les journalistes du Watergate, en noir et blanc. Les deux hommes traversaient une rue de Washington. Bernstein avait les mains dans les poches de son imperméable. Woodward le regardait, son parapluie encore fermé à la main. Et Bob les regardait tous les deux. Il arracha au bar la lettre de l’avocat et fouilla dans la poche de sa veste à la recherche de ses clefs de voiture. Il irait faire un tour sur les bords de l’Hudson ce soir. Et peut-être s’engloutir dans les eaux noires de New York.

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Bob de chez Fox News
Bob subit la vengeance de Nick le jardinier

Photo : Fox News Channel

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